L'épreuve de la stérilité est, pour nombre de couples, une expérience douloureuse, souvent ressentie comme une véritable injustice. Pendant longtemps, cette réalité s'est heurtée au mutisme de la science. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les dons de sperme, d'ovocyte, voire d'embryon, sont devenus techniquement possibles. Faire « porter » l'enfant par une autre femme l'est également...
Dès lors, on peut comprendre que des couples revendiquent le droit de recourir à toutes les ressources de la science, même les plus onéreuses ou les moins abouties, pour sa-tisfaire leur désir d'enfant. C'est dans ce contexte qu'il faut situer le rapport d'un groupe de travail sénatorial, favorable à une légalisation « sous conditions » de la gestation pour autrui (GPA).
Les arguments invoqués tiennent au fait que cette pratique, interdite en France, est licite dans nombre de pays voisins, de sorte que quelques centaines de couples s'y rendent, chaque année, donnant ainsi naissance par GPA à des enfants... que l'état civil français ne peut reconnaître.
Mais les choses sont-elles aussi simples ? Les objections formulées, ici et là, dans toutes les familles politiques, montrent bien que l'Eglise catholique n'est pas la seule à s'opposer à une telle légalisation. Et cela, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec une forme quelconque de « moralisme » rétrograde. Si le désir du couple est légitime, c'est l'intérêt de l'enfant à naître qui doit rester l'impératif ultime de la société, donc de la loi. Or qui ne voit la richesse extrême des liens qui se tissent entre une mère et l'enfant qu'elle porte ? Comment ne pas pressentir que tout ce qui vient perturber le processus naturel de la maternité est porteur de risques ?
Curieuse société où l'on invoque le principe de précaution pour des plants de maïs mais où l'idée de protéger l'enfant à naître serait tenue pour réactionnaire dès lors qu'elle relativiserait d'autant le droit des adultes. La question devra être tranchée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique de 2010.
D'ici là, le débat est bien évidemment possible. Mais on peut éprouver un certain malaise à lire dans la presse les déclarations de Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, affirmant qu'elle n'hésiterait pas à se proposer comme « mère porteuse » pour sa propre fille, si cela était nécessaire ! C'est-à-dire à mettre au monde un enfant dont elle serait à la fois la mère et la grand-mère ! Une hypothèse pourtant rejetée par la commission sénatoriale et dont la ministre nous dit qu'elle se « demande pourquoi » ! Autant d'irresponsabilité au plus haut niveau de l'Etat laisse pantois !