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publié le 01/08/2007

Hommage

Jean-Marie Lustiger, l´Eglise et le siècle

Juif converti au christianisme, aumônier de la Sorbonne aux moments des événements de mai 68, puis archevêque de Paris médiatique et novateur : le Cardinal Lustiger, âgé de 80 ans, nous a quittés hier soir à Paris des suites d'un cancer. Il aura marqué l’époque bien au-delà des frontières de l’institution.



















 
  




















> La vie du Cardinal Lustiger en photos

> Hommage à Mgr Lustiger en vidéo

Jean-Marie Lustiger s'est éteint à la Maison Médicale Jeanne-Garnier (Paris XVe), un établissement de soins palliatifs où il avait été admis en avril. Le Cardinal et académicien avait annoncé par lettre aux prêtres et diacres de Paris, en octobre 2006, qu'il souffrait d'une "maladie grave".

Il s'était toutefois rendu aux obsèques de l'abbé Pierre, le 26 janvier 2007 à Notre-Dame de Paris. Ce fut sa dernière apparition en public.

Une messe souvenir a eu lieu lundi 6 août à 21h30 à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elle était célébrée par Mgr André Vingt-Trois.
> Lire la réaction de Monseigneur André Vingt-Trois, archevêque de Paris

Ses obsèques auront lieu dans cette même cathédrale vendredi à 10H et une chapelle ardente y sera organisée la veille, de 9h à 22h, pour permettre "aux Parisiens et à ceux qui le voudront de prier près du cardinal ou de le saluer une dernière fois".

Homme d'Eglise à l'itinéraire exceptionnel

Le choix de Dieu : ce titre d´un livre d´entretiens publié en 1987 donne peut-être la clé du destin improbable de Jean-Marie Lustiger. La Providence ne s’en est-elle pas mêlée, pour que celui qui naquit Aaron, fils d´un immigré juif et bonnetier dans le nord de Paris, devint l´une des plus grandes figures de l´Eglise de la fin du 20e siècle, intellectuel brillant et pasteur novateur ?

Il naît en 1926. Ses parents, originaires de Pologne, sont juifs de tendance libérale, attachés à la France laïque. Aaron fait ses études au lycée Montaigne, dans ce quartier latin qui sera toujours cher à son coeur. Il lit beaucoup, la Bible notamment, s´intéresse de près à l´art et à la musique. C´est pendant l´occupation, en 1940, qu´il se tourne vers le christianisme. En entrant le vendredi saint dans la cathédrale d´Orléans, ville où les Lustiger ont mis leurs enfants à l´abri, Aaron est comme saisi. Il revient le lendemain, et demande le baptême. Une démarche qui suscite la tempête de ses parents : on ne quitte pas ainsi le judaïsme ! Le jeune homme devient chrétien contre leur gré, le 25 août 1940. Il s´appelle désormais Jean-Marie ; en son for intérieur, il veut déjà donner sa vie à Dieu. Il a 14 ans, et ce feu ne le quittera plus.

La guerre est un temps d´épreuves lourdes : sa mère, arrêtée à Paris en 1942, est envoyée à Drancy. Elle mourra à Auschwitz. Son père, sa soeur et lui fuient de refuge en refuge jusqu´à la Libération. De cette période, le futur cardinal gardera une blessure profonde, une sensibilité très forte au destin du peuple juif, et plus généralement à la dimension tragique de l´Histoire. Dans le Paris de l´après-guerre, il entre à la Sorbonne, écrin d´un savoir qu´il vénère. Il étudie les lettres, s´intéresse à la politique, participe à la JEC (jeunesse étudiante chrétienne).

Converti enthousiaste, Jean-Marie entre en 1946 au séminaire des Carmes, dans le 6e arrondissement. Ce choix implique une longue brouille avec son père. Mr Lustiger, malgré tout, sera discrètement présent à la nuit de Pâques 1954, lorsque le séminariste est ordonné prêtre pour le diocèse de Paris.

Commence alors la brillante « carrière » ecclésiastique du père Lustiger. Il est nommé aumônier de la Sorbonne, renouant avec le milieu sorbonnard qu’il affectionne tant. Il y restera quinze ans. En 1968, lorsque la vague de contestation déferle sur l´université, le prêtre tâche de tenir sa place et de préserver les étudiants catholiques des dérives politiques. Car s´il est bouillonnant d´idées, l´abbé n´est pas un révolutionnaire : c´est dans la stricte lignée de Vatican II qu´il va engouffrer sa créativité, avec pour premier terrain d´expérimentation la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal, dans le 16e arrondissement, où il est nommé en 1969. Secouant un peu les habitudes, il y développe la formation des laïcs, fait appel à des artistes pour la rénovation liturgique, bref, impose son style.
Pour cet homme d´action, toutefois, le territoire de Sainte-Jeanne devient au fil des ans un peu exigu : il est nommé en 1979 évêque d´Orléans, la ville où il s´est converti quarante ans plus tôt. Ce sera un court détour par la province. A peine le temps de faire renaître le séminaire diocésain que sonne l´heure des hautes responsabilités : en 1981, Jean-Marie Lustiger est nommé archevêque de Paris par Jean-Paul II.

L'archevêque de l'ouverture

A 53 ans, le voilà premier homme de l´Eglise de France, suscitant peu à peu l´intérêt des médias : il faut dire qu´il est le premier cardinal juif de l´histoire de l´Eglise. Une identité qu´il va creuser : « En embrassant le christianisme, je n´ai pas renié mon judaïsme, mais au contraire, je l´ai accompli », affirme-t-il quelques jours après sa nomination.

Rêvant d´une reconnaissance entre les deux religions, il sera l´artisan d´un rapprochement avec les autorités du judaïsme, participant notamment au règlement de la question délicate du carmel d´Auschwitz (un couvent s’était implanté en 1987 sur l’emplacement du camp d’extermination, suscitant une forte protestation). Sur le plan intellectuel et théologique, il développe la filiation juive du christianisme, « nos frères aînés », comme dit Jean-Paul II, qu´il conseilla volontiers sur ces sujets.

Comme pasteur de l´Eglise de Paris, il mène de grands chantiers : très soucieux de renouveler les vocations sacerdotales dans une Eglise mal relevée de la tempête soixante-huitarde, il créé un séminaire propre au diocèse, avec une année de discernement, préalable à la formation intellectuelle.

Promoteur d´un style de prêtre décomplexé et enraciné dans la doctrine, il ordonnera 229 jeunes hommes en vingt ans, créant une forte dynamique au coeur du marasme français - non sans susciter des jalousies.

Convaincu de l´urgence de l´annonce de l´Evangile, notamment dans les grandes villes, il ouvre le diocèse aux communautés charismatiques, investit dans l´audiovisuel (Radio Notre-Dame, puis la télévision KTO), préside aux JMJ de 1997 (1 million de personnes à Longchamp), et concocte avec des cardinaux européens une série de Congrès d´évangélisation, comme celui qu´accueillera la capitale française à la Toussaint 2004.

S´il continue à séduire les médias et le monde intellectuel (il est reçu à l´Académie française en 1995), cet activisme n´est pas du goût de tous dans l´Eglise et le clergé en particulier : visionnaire respecté, mais très personnel dans son exercice de pouvoir, il est réputé cassant et autoritaire. Quand il quitte la responsabilité en 2005, laissant la place à André Vingt-Trois, nul ne conteste cependant qu´il a marqué de son empreinte l´histoire du catholicisme français. En faisant lui-même « le choix de Dieu », cet homme de caractère, traditionnel et moderne à la fois, s´est laissé conduire sur les rivages d´une destinée à la hauteur des enjeux de l´Eglise et de son siècle.

Cyril Douillet. Corinne SIMON/CIRIC




Hommage à Mgr Lustiger en vidéo Cardinal Lustiger : une foi ciselée par les épreuves Mgr André Vingt-Trois rend hommage au Cardinal Lustiger Mgr André Vingt-Trois : biographie Jean-Marie Lustiger : auteur et prédicateur reconnu

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